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Démolition de Pakadjuma à Kinshasa : l’ordre public peut-il rimer avec dignité humaine ?

 

La démolition des constructions dites anarchiques dans le quartier Pakadjuma, en commune de Limete, a provoqué un vif débat au sein de la population kinoise. Supervisée par le gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki, dans le cadre de l’opération « Retour à la norme », cette action visait à libérer les emprises ferroviaires de l’Office national des transports (ONATRA), rétablir la circulation des trains et renforcer la sécurité publique. Sur le terrain, la matinée du mardi 10 février a été marquée par des heurts, des barricades, des pneus enflammés et des échanges tendus entre forces de l’ordre et habitants, illustrant le désarroi des populations directement affectées.

Une opération perçue comme un rappel à la légalité

Pour une partie des Kinois, l’intervention de l’État se justifie pleinement. Les habitations détruites étaient érigées en violation des normes d’urbanisme, sur un domaine public non aedificandi. « Ce sont des constructions anarchiques. L’État a bel et bien raison de les démolir. Nous ne sommes pas dans une jungle où chacun construit n’importe où », affirme Percy Bombi, pour qui toute aide publique ne relèverait que d’un geste social, et non d’une obligation. Cette vision est partagée par Joslin Lomba, journaliste à Kinshasa : « Quand l’État ne fait rien, on le critique. Quand il agit, on crie au scandale. Il faut arrêter ce comportement contradictoire. L’ordre doit être rétabli. » Certains vont jusqu’à s’interroger sur l’origine des habitants, suggérant qu’ils « retournent là d’où ils viennent ».

Le droit à la dignité, l’autre face du dilemme

À l’inverse, d’autres voix, sans contester la légalité de l’opération, dénoncent l’absence d’accompagnement social et la précipitation des pouvoirs publics. « Ce sont des humains qui vivaient là. Ils ont droit à la dignité », souligne Judith Asina. Kevin Ikoka  : « L’État protège la population. Il aurait peut-être fallu proposer des alternatives avant de procéder à cette décision. » Des analyses plus approfondies pointent les conséquences sociales indirectes, notamment pour les femmes et les jeunes filles. Le leader engagé bigael Sasa alerte sur les risques accrus de déscolarisation, d’exploitation sexuelle et d’instabilité familiale dans un contexte déjà précaire.

Une indignation à géométrie variable ?
Le débat dépasse le cadre de Pakadjuma. Ben Joël élargit la réflexion : « On ne peut pas reprocher à l’État d’avoir démoli des constructions sur une emprise ferroviaire. En revanche, démolir sans prévoir de relogement ni de prise en charge, c’est créer une nouvelle crise humanitaire. » Il note aussi une couverture médiatique inégale : « Pourquoi une telle mobilisation pour Pakadjuma, alors que des familles déguerpies récemment dans les concessions de la Régie des voies aériennes (RVA), à l’aéroport de Ndjili, sont restées presque invisibles ? »

Quelle politique urbaine pour Kinshasa ?
Au-delà des critiques, la question des solutions durables se pose. Si certains soutiennent une restauration ferme de l’autorité de l’État, d’autres appellent à une politique urbaine plus humaine, intégrant logement social, prévention et concertation.

Le véritable enjeu est donc de concilier application de la loi, justice sociale et respect de la dignité humaine.

L’après-démolition reste entier : quelle place pour les familles de Pakadjuma dans la ville de demain ?

 

Hornela Mumbela

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