« La place des femmes artistes visuelles en RDC existe, mais elle reste constamment à défendre. Elle n’est ni acquise ni stable », affirme Mihalina Nyota.
Elles peignent, photographient, expérimentent et inventent de nouveaux langages visuels. Mais derrière leurs œuvres se cache souvent une réalité plus complexe : celle d’un parcours artistique marqué par des défis, des résistances et une quête permanente de reconnaissance.
*Une place encore à défendre*
Artiste visuelle basée à Kinshasa, Mihalina Nyota développe une recherche artistique centrée sur le corps humain, qu’elle considère comme un espace de tension entre le visible et l’invisible.
« Je ne considère pas le corps comme une simple forme. C’est une surface où s’inscrivent l’inconscient, les émotions et la dimension spirituelle de l’être humain », explique-t-elle.
À travers la peinture, le dessin ou encore la scénographie, son travail s’inscrit dans une démarche d’expérimentation, où l’œuvre devient une expérience sensible.
Selon l’artiste, la place des femmes dans la scène artistique congolaise reste fragile.
« Elle existe, mais elle est constamment à défendre. Elle n’est ni acquise ni stable », insiste-t-elle.
Pour elle, être une femme artiste en RDC ne consiste pas seulement à créer, mais aussi à revendiquer le droit d’exister dans l’espace artistique.
Parmi les principaux défis, elle cite l’accès à la visibilité, aux réseaux et aux opportunités professionnelles. Elle souligne également que les femmes artistes doivent souvent fournir davantage d’efforts pour être reconnues.
*Une scène artistique féminine en progression*
De son côté, Sarah Ndele considère l’art comme un langage aux multiples formes d’expression.
« J’explore plusieurs médiums, parce que, selon moi, l’art est un langage qui possède différentes formes d’expression », explique-t-elle.
Pour elle, la présence des femmes dans la scène artistique congolaise est en progression, même si des efforts restent à fournir.
« La scène artistique féminine commence à grandir. On ne trouve pas encore beaucoup de femmes artistes, mais la situation s’améliore par rapport aux années précédentes », observe-t-elle.
Cependant, les défis demeurent nombreux. L’artiste souligne notamment l’importance de participer régulièrement à des événements artistiques afin d’accroître la visibilité.
Elle évoque également des difficultés d’intégration dans certains réseaux, ainsi que des barrières sociales susceptibles de freiner certaines vocations.
Malgré ces obstacles, Sarah Ndele insiste sur la détermination de nombreuses femmes artistes. « Il y a des femmes qui n’abandonnent pas et qui avancent malgré les défis », souligne-t-elle.
*Une transformation en cours dans le milieu artistique*
Artiste visuelle, curatrice et productrice culturelle, Grâce Kalima développe une pratique à la croisée de la création artistique, de la scénographie et de l’accompagnement de projets culturels.
Son travail s’intéresse notamment aux récits humains, à la mémoire, à la nature et aux émotions.
« Mon parcours s’est construit au sein de la scène artistique congolaise à travers différentes collaborations avec des artistes, des centres d’art et des initiatives culturelles », explique-t-elle.
Selon elle, la place des femmes artistes visuelles en RDC est aujourd’hui en pleine évolution.
« Une génération engagée affirme progressivement sa présence et sa singularité », observe-t-elle.
Toutefois, elle souligne que les métiers de l’art restent encore insuffisamment reconnus dans la société, une réalité qui touche particulièrement les femmes.
« Les pressions sociales et certains stéréotypes peuvent amener des femmes ou des jeunes filles à douter de leur place dans ce milieu », précise-t-elle.
Malgré cela, une transformation est en cours : « De plus en plus de femmes artistes occupent et revendiquent leurs espaces, ouvrant ainsi des voies pour celles qui suivent. »
*Soutenir les femmes artistes*
Les trois artistes interrogées convergent sur un point : la nécessité de renforcer l’écosystème artistique en République démocratique du Congo.
Cela passe notamment par : l’organisation de davantage d’événements artistiques, la création de résidences d’artistes,
le développement de réseaux professionnels,
l’amélioration des espaces de diffusion et de formation.
Pour Grâce Kalima, il est également essentiel de repenser les modes de présentation et d’accompagnement des œuvres afin de favoriser des espaces plus inclusifs.
*Une histoire de l’art en construction*
Au-delà des œuvres qu’elles produisent, les femmes artistes visuelles congolaises participent à redéfinir les contours de la création contemporaine en RDC. Malgré les obstacles liés à la visibilité, aux réseaux et à la reconnaissance institutionnelle, elles poursuivent leur travail avec détermination et exigence.
Leurs voix et leurs expériences rappellent que l’art est aussi un espace de transformation sociale.
Reconnaître leur contribution et soutenir leurs initiatives apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour construire une histoire de l’art congolais plus complète et plus représentative.
Victoria Ndaka










